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Alors.

Je résume.

Vous me direz si j'ai bien compris.

  • Les chauffeurs de taxi se font enfler depuis vingt ans par le système monopolistique discrètement mis sur pied par les taxis G7 Bleus qui parfois sont verts.

  • Si tu veux devenir chauffeur de taxi, tu fais la queue et ça te coûte un bras. Ce qui est mieux que l'inverse.

  • Une fois que t'es installé, et tandis qu'à la base tu étais quelqu'un de bien, tu deviens rapidement "un gros con de chauffeur de taxi". Car il est évident que tous les chauffeurs de taxi sont des gros cons, comme il est évident que tous les noirs savent danser et que tous les homos sont cultivés. Ce qui se passe c'est que je MOI, PERSONNELLEMENT, JE me souviens du jour où le mec m'a enflé du coup c'est tout le métier qui prend. J'oublie les dizaines de fois où ça s'est très bien passé et où on a ri avec le chauffeur. Lui, c'était un gros con gentil. D'ailleurs j'aime bien quand je suis dans le taxi et qu'il prend le couloir de bus pendant que tous les gros cons d'automobilistes sont bloqués dans le trafic.

  • Et puis soudain d'autres chauffeurs arrivent. Notons que ces chauffeurs ne sont pas des vrais chauffeurs car ils n'ont pas de boite avec écrit Taxi sur le toit. Ça m'arrange bien parce que je n'ai jamais rien compris aux petites lumières jaunes et vertes, c'est quand c'est allumé que c'est libre ou quand c'est éteint ?

  • Ces chauffeurs sont gentils et proposent des bonbons. Ils ouvrent la porte. Ils te sourient. Ils te cirent les pompes. Ils parait même que y'en a qui font les devoirs des enfants et mettent la table. Une légende raconte que la nuit ils proposent un massage du périnée.

  • Alors ces chauffeurs-là ils sont soit dans la légalité, quand ils sont X, soit dans l'illégalité, quand ils sont Pop, ou l'inverse, j'ai pas réussi à fixer l'info. Je crois que ça dépend s'ils s'arrêtent pour attendre ou s'ils chopent le client à la volée, en ouvrant la portière et en gueulant de courir sur dix mètres pour entrer dans la voiture.

  • Ces chauffeurs-là sont des gens qui n'ont pas trouvé d'autre moyens pour survivre parce qu'il faut dire que la situation générale n'est pas folichone, notamment en terme d'argent. On pourrait dire sans se tromper, mais je ne garantis rien, que ce sont des gens aux situations précaires, qui ont investi dans un smoking made in Bengladesh et un abonnement chez Budget pour tenter de joindre les deux bouts en dehors de leurs heures de chômage.

  • Pour eux, la lumière est venue des States, grâce à la "sharing economy", l'économie du partage, qui permet d'auto-entreprendre (un auto-entrepreneur, c'est un entrepreneur qui fait travailler son auto) grâce à une appli et sans payer les taxes ringardes dont on n'a plus besoin parce que ça passe directement par une appli. La sharing economy, c'est l'art de partager sa misère sans passer par des méchantes entreprises ou administrations qui prennent leur commission au passage. Pour y parvenir, il suffit d'utiliser des applis créées par des gentilles entreprises qui prennent leur commission au passage, mais c'est pas pareil, elles sont gentilles parce qu'elles nous permettent de partager et de pas payer de commission au... hein ? Je sais plus.

  • Mais bon, je suis rassuré le gouvernement a frappé fort du poing sur la table, il a supprimé l'appli ! Et bim ! Ça me rappelle moi avec Candy Crush. Je le désinstalle tous les quinze jours parce que j'ai une volonté d'acier.

  • La société américaine qui prône la liberté des grands espaces libéraux de y'a-une-appli-pour-ça est une belle réussite et nous nous réjouissons pour elle. Si l'on ne se réjouit pas de cette belle réussite c'est qu'on est un gros con de français qui n'aime pas ceux qui font des belles réussites. Parce que c'est une belle réussite de dire à un Etat qu'il peut aller se faire voir chez les Grecs, que son appli elle est là et bien là et que je t'emmerde.

  • On a donc des précaires qui se font enfler par un monopole du XXème siècle (les taxis) qui tapent sur des précaires qui se font enfler par une innovation du XXIème siècle (les Uber), sous les yeux d'un Etat régi par des compétences du XIXème siècle, qui se fait enfler par tout le monde puisqu'à la fois les monopoles et les précaires lui pissent à la raie.

  • Notons au passage que les précaires se tapent dessus entre eux pendant que les monopoles prospèrent, youpla boom, c'est vachement bien foutu.

  • À ce stade de mon résumé je suis moi-même perdu. Je voudrais bien prendre fait et cause pour l'un ou l'autre, mais je n'y arrive pas.

  • Mais surtout là où je suis emmerdé, c'est que d'ici quelques années, les précaires taxis et les précaires pas taxis seront remplacés doucement et en souplesse par des précaires automatisés à l'intelligence artificielle, comme ces gros cons de taxi. Robots qui en ont rien à faire de joindre les deux bouts et qui pourront te masser le périnée pendant que tu joueras à Candy Crush, assis à l'arrière d'une voiture qui sent bon ton parfum sur mesure et qui n'a plus d'accident parce qu'en roulant à 30km/h avec des capteurs partout tu ne risques plus rien.

  • Je ne dis pas que ça ne va pas se faire sans un bain de sang, surtout que juste après les gros cons de taxis, les gros cons de médecins généralistes verront des applis diagnostiquer les maladies avec 1000 fois plus de précision, les gros cons de juristes verront des applis compiler les jurisprudences en 4/10èmes de seconde, les gros cons de journalistes verront des applis rédiger des articles avec bien plus de rigueur, et même les gros cons de financiers verront les softs leur demander de ne plus intervenir, s'il-vous-plait, ne touchez pas aux boutons vous risquez de tout faire foirer.

  • Ce jour-là Uber lui-même se fera Uberiser.

  • Et alors là, les amis, on se retrouvera tous comme des gros cons, Porte Maillot, pour chanter la Marseillaise en se demandant comment nous en sommes arrivés là ?

  • J'ai bien tout compris ?

 

 

 

 

J'ai résumé le conflit Taxi/PasTaxi pour les Nuls.
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